Sur ce sujet, tout le monde n'est pas forcément d'accord. Il y a des auteurs qui estiment que faire un plan bride l'imagination et corsette l'intrigue d'une histoire et ses personnages. À leur avis, il vaut mieux voir comment les personnages évoluent, laisser grandir une tournure inattendue que prend le récit. Accepter de ne pas avoir le contrôle, en fait.

D'autres auteurs, beaucoup plus nombreux, pensent qu'il est au contraire nécessaire de savoir où l'on va, et donc de faire un plan qui décrirait la situation initiale, l'élément perturbateur, les différentes péripéties/aventures, la résolution/le dénouement et enfin la situation finale.

Certains vont même plus loin en disant qu'il est nécessaire de constituer un plan narratif extrêmement précis : décrire chaque scène de l'intrigue, afin de ne pas se perdre et de ne pas faire d'incohérence.

En ce qui me concerne... ça a dépendu de chaque histoire que j'écrivais. J'ai parfois improvisé au jour le jour, avec une vague idée en tête qui me plaisait, pour voir où ça me conduirait. Pour d'autres textes, j'ai mis au point des plans minutieux (surtout pour le roman policier en fait). Et parfois, j'ai fait des plans relativement imprécis (début assez clair, milieu incertain, fin plus ou moins nette), pour me rendre compte au bout d'un moment que j'avais envie de partir dans une autre direction, et donc complètement modifier le sort de mes personnages.

Alors, faire un plan, bonne idée ou pas ?

Je dirais que oui. Parce que ça évite de se rendre compte que notre histoire s'essouffle, faute de préparation suffisante. Mais je pense qu'il ne faut pas s'y fixer à tout prix, ni en faire de rigoureusement détaillé. Les personnages peuvent parfois avoir une évolution intéressante que l'on n'avait pas prévue. Une nouvelle perspective peut s'offrir à nous après avoir vu les conséquences d'une péripétie que l'on avait vaguement envisagée. Et c'est ce qui fait la magie d'un récit !

Donc, le plan que je recommande est le suivant (à proscrire cependant pour le thriller et toute histoire avec enquête policière, je pense...) :

 

  1. Situation initiale : Où ? Qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les personnages sont dans une certaine situation au début, qui repose sur un équilibre plus ou moins fragile.

 

  1. Élément perturbateur : le problème qui rompt l'équilibre de départ. Essentiel. Ce point-là doit être le plus développé à mon avis dans votre plan. S'il n'y a pas de vrai problème dans votre récit, je ne pense pas qu'il tiendra la route. Il faut bien savoir ce qui va perturber la situation initiale et pourquoi. Cela implique que les protagonistes et les antagonistes principaux soient déjà bien construits, ce qui est nécessaire aussi avant de commencer à écrire. Sans élément perturbateur pensé, approfondi et défini, il n'y a pas de réelle histoire en fait. Ce doit être l'idée de fond d'une fiction. Le reste coule de source après.

 

  1. Péripéties : Que font les personnages pour s'en sortir/atteindre leur objectif ? Je crois que là, c'est bien d'avoir une certaine idée de ce que vont affronter les personnages. Mais si vous êtes trop précis dans votre plan, cela peut vous faire rater des pistes qui auraient été intéressantes à exploiter au fur et à mesure que vous écrivez. Cela reste mon opinion, bien entendu.

 

  1. Résolution/dénouement : Alors, selon la manière dont les péripéties ont évolué dans votre fiction, la résolution peut changer. Donc pas la peine d'avoir quelque chose de net et précis à ce sujet dans votre plan. En tout cas, à ce moment-là, vos personnages ont trouvé une solution, bonne ou mauvaise. Ils peuvent aussi ne pas en avoir trouvé, mais de toute façon les conséquences des péripéties font qu'ils sont arrivés à un résultat.

 

  1. Situation finale : la nouvelle situation avec un nouvel équilibre. Cela dépend de tout ce que vous avez écrit précédemment. Il m'est arrivé de partir avec l'idée que je ferais un « happy end », pour me rendre compte qu'une fin douce-amère conviendrait mieux une fois mon histoire bien avancée. Et l'inverse est vrai aussi. On peut également changer une fin heureuse en une autre fin heureuse, qui correspond mieux à l'évolution des personnages. Bref, je suis d'avis qu'il est bien de prévoir une fin dans un plan, mais de ne pas hésiter à la modifier quand on voit que le récit part un peu différement avec les personnages.

 

Tout cela reste mon humble opinion, j'insiste là-dessus. J'ai simplement vu que mes meilleures histoires (hum, à mon sens, bien entendu) se faisaient grâce à cette manière de faire un plan. Trop d'improvisation ne mène pas toujours à quelque chose, trop de précision peut rendre une histoire médiocre, forçant à faire du remplissage et détruisant le plaisir d'écrire et de créer...